HOU HSIAO HSIEN

HHH est considéré comme le chef de file de la Nouvelle Vague taiwanaise et le premier véritable cinéaste chinois moderne.

L’histoire du cinéma est indissoluble de son histoire politique, dit HHH, et particulièrement pour Taiwan.

-Avant 1945, domination politique du Japon. Après défaite japonaise, dès 1949, Tchen Kai Chek avec l’armée nationaliste du Guomindong l’occupe. Taiwan est alors protectorat américain et la loi martiale fut appliquée jusqu’en 1987. Le gouvernement nationaliste chinois, occupant, a ignoré l’identité taiwanaise, leur dignité a longtemps été offensée.

En 1989, avec le film « la cité des douleurs« , HHH affirme avoir pris un risque sérieux par rapport au gouvernement en montrant les malheurs d’une famille du passage de l’occupation japonaise à la loi martiale. Mais ce film eut un grand succès, il reçut le Lion d’Or à Venise ce qui mis HHH à l’abri des représailles. Le film a provoqué une libération de la parole chez les Taiwanais qui depuis 40 ans que les japonais étaient partis se taisaient.

Il pense que Taiwan n’a jamais clairement défini sa position avec la Chine continentale d’où des relations tendues avec le Japon, dans ses longs métrages Taiwan est pris en tenailles entre les deux puissances.

« Mais pour moi, la seule identité possible, c’est celle d’individus vivant honnêtement et sincèrement » dit-il, cette déclaration se comprend mieux à travers sa biographie.

Adolescent turbulent, il faut entrainer dans un univers de petits trafics, protégeant les quartiers des gangs. Heureusement, il fit son service militaire pendant lequel il découvrit le cinéma. Ensuite, il découvre à Hong Kong la nouvelle vague, Allen Long, Wan Jen entre autres. Il participe à leur travail collectif filmique.

3 films d’abord sur son enfance, quasi autobiographiques :

1983, Les garçons de Fengkei; 1984, Un été chez grand père; 1985, Un temps pour vivre, un temps pour mourir.

Puis, une trilogie sur la Mémoire collective, films où se réjoue perpétuellement une articulation entre Histoire collective et le vécu individuel s’opérant dans espace domestique

1989, La Cité des Douleurs (lion d’or à Venise); 1993, Le maître des marionnettes.

1995 : Good men good women

Enfin un nouveau rapport avec le présent :

2001, Millemium Mambo (merveilleuse actrice, Shu Qui)

Son cinéma d’auteur est désormais reconnu aussi à Taiwan, après la reconnaissance internationale.

Il aide la jeune production taiwanaise, et produit des films de Zhang Yimou

pour plus d’informations sur ce grand cinéaste, à l’œuvre encore peu distribuée en occident, écoutez l’émission à travers le lien de ma chronique-cinéma du 23 juillet 2011

 

 

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Festival de Berlin

il a été créé en 1951, lui aussi pour être une vitrine du monde occidental en réaction à celui de Venise qui, avant guerre, reflètait par certains de ses palmarès l’idéologie nazie.

Cette année, la Berlinale ou Festival international du film de Berlin s’est déroulé pendant 10 jours du 5 au 15 février 2017.

Après Cannes, il est le deuxième festival mondial en volume d’achats de films, ce dont on entend peu parlé.

Une compétition internationale de longs métrages permet d’attribuer l’Ours d’Or, l’Ours d’argent, le Grand Prix du Jury pour la meilleure réalisation, les meilleures interprétations pour un acteur, une actrice.

Pour entendre un développement sur l’attribution des prix de cette année à Berlin, un retour de la Soirée des Césars et les perspectives de celle des Oscars, écoutez la chronique de radio pluriel du 25 février 2017 :

Boxe et cinéma

chronique Radio Pluriel

« Le noble art » et « le 7° art »

La fascination du 7°art pour la boxe tient en grande partie au fait que ce sport, hautement photogénique est de surcroît l’incarnation de la force de Vie.

Le film de boxe offre également un aperçu des coulisses d’un milieu corrompu par l’argent et les magouilles des parieurs dans lequel le boxeur presque toujours issu d’un milieu très modeste n’est finalement bien souvent qu’un outil.

Le 7°art et la boxe possèdent plusieurs points communs : la gestion du mouvement, la science du rythme, l’affrontement des corps, le spectacle de la violence, la composante populaire des ces deux disciplines où l’émotion est centrale, où l’identification au héros est maximale.

C’est souvent un combat contre un destin qui semble s’acharner ou encore un moyen de rédemption, thèmes dramatisés de ce genre unique : le film de boxe, comme on dit le film de gangster. et qui a donné quelques uns de ces plus beaux classiques :

Charlot Boxeur, Raging Bull, Rocco et ses frères, Le baiser du tueur, Million dollar baby, Plus dure sera la chute, Nous avons gagné ce soir, L’insurgé…

La série des Rocky avec Sylvester Stone

Pour entendre la chronique cinéma, cliquez ici :

CHEZ NOUS

Il sortira  ce 22 février 2017, le dernier film de Lucas Belvaux qui avait tourné le très sympathique et réussi « Pas son genre ».

La simple bande-annonce avait provoqué en janvier un grand tollé du côté de l’extrême droite. Or, comme le dit le réalisateur dans « Entrée libre », .. »Il s’agit vraiment d’un parti totalitaire car alors que seule la bande-annonce était sortie, il a dit ce que le film était avant de le voir et donna à ses partisans des arguments à dire dessus.. »

En court : il s’agit de l’histoire d’une mère célibataire méritante, infirmière libérale, appréciée de tous. Fille de syndicaliste communiste, elle est dépolitisée mais va être approchée par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d’extrême droite et se retrouver lancée comme tête de liste aux municipales de sa ville d’Hénard. « Dès lors elle est prise en main, mise sous clé, coupée des siens, sommée de rompre avec un amour retrouvé qui fait tache sur la photo… »Le canard enchaîné 22/02

C’est glaçant car le film repose sur du vrai, du tangible : il condense des éléments avérés sur les méthodes employées par le parti visé . Les peurs de l’électorat sont instrumentalisées de même que la misère sociale, la crise économique, des boucs émissaires. Quant aux « élus locaux », ils sont utilisés froidement et dépouillés de leur individualité sans ménagement afin d’être le relais auprès du »peuple » du discours des responsables du parti qui n’en sont jamais issus…

L’actrice Emilie Dequenne y est remarquable, le spectateur suit le parcours de cette femme humaniste avec empathie. D’où l’efficacité de la démonstration par Lucas Delvaux : la « monstruosité » est dans les faits et non pas dans les gens ». L’oratrice principale montrée est un composite de plusieurs femmes politiques populistes d’extrême droite pour la plupart blondes.

Pour déranger il faut passer par la fiction, changer de point de vue, essayer par le biais des gens qui votent pour les partis extrémistes.

« il fallait sortir ce film avec l’élection présidentielle pour participer au débat. Je suis influencé par Yves Boisset et Chabrol qui avaient le goût de la liberté, la leur et celle des autres. Je laisse les gens penser ce qu’ils veulent, Je veux avoir fait un film non totalitaire. »

Un film de salubrité publique, au sens noble du terme, qui sort à pic pour nous sortir de notre léthargie ..Canard enchaîné, 22.02

A voir absolument.

Vignette : Chez nous de Lucas Belvaux avec Emile Dequenne, André Dussollier, Guillaume Goulx, Catherine Jacob (Fr-Bel, 1h58)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cannes : de la ville du festival à la ville du cinéma

Une transformation de l’identité de Cannes à partir de son festival

(écrit en 2008 )

auteur : Chantal Gérard, CNRS, Radio Pluriel

mots-clés : festival, Cannes, star, cinéma, économie urbaine,identité urbaine, animation culturelle

Evénement international emblématique de la ville, le «FIF ou festival International du film » devint en 2002 officiellement le « festival de Cannes ». Ceci témoigne de l’engagement maintenu par la ville sur le long terme –le festival a fêté ses 60 ans en 2007- pour ne pas être le lieu où se passe le festival, mais celui qui le permet. En effet si « …La pérennité d’un festival tient à l’existence d’une initiative locale, historique, précise et forte comme le festival Bach de Prades avec Pablo Casals… »[1], quelle est l’histoire, quelles ont été les raisons de cet investissement cannois continu en faveur du festival ?

La ville de Cannes, ville moyenne de 72 000 habitants, appartient géographiquement à la conurbation Nice-Côte d’Azur dont toutes les villes bénéficient d’un cadre naturel exceptionnel. Avec une population assez âgée  – 60% entre 40 et 60 ans- un seul secteur économique vraiment actif, le tourisme.[2] Cannes ne se différencie pas des villes voisines Antibes,Nice..

Or un festival a un triple rôle d’animation, d’image de marque et d’entraînement économique, [3] Trois fonctions nous le verrons au long de ce texte qui ont permis à la ville de devenir la « ville du festival » ainsi que la deuxième ville de congrès française. Actuellement, une autre image est désirée, Cannes mûrit le projet d’être une « ville du cinéma » passant de l’évènement certes international à une politique culturelle municipale inspirée de lui, soit de l’éphémère cinématographique à sa permanence …

En suivant les étapes de la transformation de l’identité de Cannes depuis la création du festival, nous tenterons de répondre aux questions suivantes : Comment Cannes, ville moyenne française a-t-elle intégré un événement qui fut dès sa création de dimension internationale ? Quelle fut l’influence sur la politique urbaine, économique, sociale et culturelle de la présence d’un grand festival? Enfin, comment le festival de Cannes a-t il transformé les aspirations identitaires de Cannes, ville du festival à Cannes, ville du cinéma ?

Pour étayer ces questionnements, nous avons émis l’hypothèse que ces projets identitaires ont pu se constituer par une interaction très diversifiée et réussie entre la ville et les acteurs du festival

Sur le plan méthodologique, en parallèle à nos lectures, nous avons conduit en mars-avril 2007 une série d’entretiens exploratoires téléphoniques ou oraux auprès de responsables institutionnels, puis fait remplir des questionnaires aux questions semi-directes auprès de Cannois[4], habitants, commerçants et employés municipaux pour connaître leurs représentations du festival et leur vécu au quotidien pendant son déroulement. Nous en ferons état dans les parties ou paragraphes concernés.

I – Une prise de risque de la ville au profit du Festival

Alors que la création du festival revêtait une signification politique internationale, le choix de la ville de Cannes par les organisateurs de l’événement s’expliqua par ses atouts naturels et historiques mais aussi par l’engagement des responsables locaux d’accomplir les travaux correspondants à la dimension de l’événement. Les décennies suivantes, des maires cannois et d’autres acteurs privés locaux s’impliquèrent dans la construction successive des deux palais[5] et permirent au Festival d’acquérir la renommée et l’assise actuelles.

Le choix de Cannes pour un festival du monde libre

En 1938, la VI°édition de la Biennale cinématographique de Venise se déroule. Suite au rapprochement diplomatique de l’Italie et de l’Allemagne, Hitler est supposé avoir exercé des pressions sur les jurés de cette édition. Les membres du jury des démocraties après la remise de la coupe Mussolini au film « Les dieux du stade » de Leni Riefenstahl cinéaste officielle d’Hitler, quittent la Mostra. Le diplomate français, Philippe Erlanger, membre français du jury de la Biennale vénitienne, évoque l’idée d’un autre festival sans contrainte ni compromission pouvant remplacer Venise. Les grandes firmes cinématographiques mondiales : américaines, anglaises et françaises semblent apprécier cette idée. La Suisse, la Belgique, la France sont candidates pour accueillir ce nouveau festival. La ville de Cannes l’emporte sur Biarritz, Vichy et Alger grâce à l’effet conjugué de ses atouts naturels, de son passé de station balnéaire de luxe et du pragmatisme de ses décideurs. Pragmatisme traduit par la promesse d’une participation financière de la ville de Cannes, du syndicat d’initiative, des groupements financiers et commerciaux, l’assurance de faciliter le séjour pour les invités, des salles et équipements mis à disposition du comité. En effet elle possédait déjà d’importantes infrastructures touristiques dont le Casino Municipal dont le hall fut choisi d’office comme salle de projection (1200 invités), et parmi les hôtels « Le Grand Hôtel » dirigé par Henri Gendre qui a su mobiliser l’ensemble de la population autour du projet.

Prévue en septembre 1939, mais retardée par la guerre mondiale, la première édition du Festival eut lieu en 1946.

Une station balnéaire de luxe

Cette caractéristique a joué un grand rôle pour ses élus dans la possibilité de la présenter comme ville candidate de « l’exposition internationale cannoise », première appellation du festival. Sa situation sur la Côte d’Azur était un atout pour attirer producteurs et vedettes de tous les points du monde en ce milieu du vingtième siècle tout comme ses mêmes atouts naturels : mer, verdure, soleil avaient attiré un siècle plus tôt toute l’aristocratie occidentale.

En effet, la station hivernale s’est développée à partir de 1835 avec l’arrivée de Lord Brougham, ex-chancelier d’Angleterre. Grâce à lui le Tout-Londres vint se loger dès 1865 dans 215 châteaux ou villas et 34 hôtels. En 1896, Cannes après avoir été anglaise est devenue essentiellement cosmopolite, fréquentée par le gotha allemand russe, suisse. Au début du siècle, un maire, administrateur de génie, façonna une ville moderne avec la construction du port, du casino municipal et du Palm-Beach, il fit aménager la Croisette ouvrir le boulevard de la Croisette, etc.. De nouveaux palaces « Le Majestic, le « Miramar », le « Martinez » surgirent sur la Croisette aux côtés du Grand Hôtel et du Carlton déjà construits. C’est l’époque des Maharadjahs, des Rothschild, puis de l’Aga Khan et sa famille, de Rita Hayworth. En 1924, ce sont les « yankees » qui lancèrent la saison d’été sur la Côte d’Azur. Dans les années 1980, les libanais, iraniens, émirs du Golfe persique firent flamber le Palm Beach, achetèrent au Martinez, au Majestic, au Gray d’Albion des suites d’appartements…la baie de Cannes se couvrit de planches à voile, mais aussi de grands yachts dans les ports.

Du Palais de la Croisette au Palais des Festivals

Lorsque la ville de Cannes signa le contrat pour organiser le festival, l’Etat français demanda des garanties. Une clause porta sur l’équipement de la salle de projection qui devait être le symbole de la haute technologie française. Des travaux coûteux furent exécutés dans le casino municipal en un temps record. Mais dès les premières éditions du festival, la question de la construction d’un véritable palais se posa. Le parlement refusa de voter les crédits nécessaires à l’organisation du Festival de Cannes. Le maire, le docteur Picaud fut d’un avis différent et voulut, malgré le coût, donner un palais au festival que sa ville hébergeait : il eut conscience que cette initiative ferait taire les demandes pressantes des autres villes française qui souhaitaient accueillir ce festival à la renommée internationale. Il fit voter un emprunt de 110 millions de francs pour la construction du bâtiment. La salle dédiée aux projections devait être « la plus moderne qui existe au monde ». Les crédits alloués s’avérèrent insuffisants, la municipalité régla encore le problème financier mais la construction prenait du retard. L’inauguration du Palais des Festivals appelé Palais Croisette put avoir lieu, le festival se déroula à temps après avoir suscité bien des inquiétudes : « Si le festival international ne peut avoir lieu à la date précise, non seulement Cannes, la Côte d’Azur, mais la France se rendront ridicules aux yeux des nations étrangères invitées » déclara Favre Le Bret, son délégué général [6] ». Devant le succès croissant de la manifestation, les organisateurs cannois constatèrent rapidement que le Palais Croisette avait une capacité d’accueil insuffisante. Dès la fin des années cinquante, on pensa à l’agrandir, mais les projets successifs furent abandonnés faute de crédits. Le projet d’un nouveau Palais fut appuyé en 1978 par le maire de Cannes, Bernard Comut Gentille et son successeur.

En décembre 1982, eut lieu l’inauguration du nouveau Palais des Festivals et des Congrès situé sur l’esplanade Georges Pompidou.

L’architecture froide et massive de l’édifice ne fit pas l’unanimité. Mais ce nouvel espace avec ses nombreuses composantes – grand auditorium Louis Lumière, théâtre Claude Debussy, nombreuses autres salles de projection, salles de galas et réception, douze auditoriums, une salle de conférences, une salle de presse, des studios pour la télévision et radio, un hall d’exposition et parking – permit un nouvel accroissement des activités du festival et l’affermissement de son rôle de premier plan dans le milieu cinématographique.

II –  Les transformations de l’espace urbain pendant le festival

Dans le chassé-croisé des influences ville-festival, nous envisageons ici celles que le festival imprime au territoire de la ville aussi bien au niveau des usages de certains espaces que de leurs appellations temporaires par les médias ou les populations festivalières. C’est le moment de l’emprise la plus forte du festival sur le territoire cannois et des représentations d’une « autre » ville que résument brillamment la citation ci-dessous.

« …la fête rassemble les lieux publics et emblématiques d’une localité. Elle les relie par le fil de son sens et de ses signes….La fête confère à ses composantes topologiques et topographique une qualité particulière et nouvelle. Le sentiment de la fête paraît comme suspendu à l’aménagement de ses espaces. Elle résulte aussi de l’utilisation exceptionnelle qu’ils vont connaître à cette occasion, des faits parfois insolites qui vont s’y dérouler, des émotions qu’ils suscitent, des décors qui les ornent…. »[7]

-La « ville festive » et ses territoires :

Le territoire géographique de la ville tel que défini sur une carte est assez vaste (19, 62 kms2). Certains quartiers sont éloignés de la célèbre « Croisette » ou bord de mer cannois, comme le Ranguin de l’autre côté de l’autoroute A8 ou La Bocca .Un autre, Le Suquet, représente le Cannes historique avec son castrum sur une colline et son aspect de village provençal, les cinéphiles viennent y goûter une soirée loin des écrans. A l’Est, le quartier de La Californie, la verdoyante, cache les plus belles villas et châteaux construits depuis le XIX °siècle et domine de loin le fameux Palm Beach. Mais lorsque l’on interroge les Cannois sur leur perception de la ville pendant le festival, ils distinguent nettement un territoire festivalier appelé « la banane », espace plus restreint que le centre-ville habituel

« La banane » s’étend du boulevard d’Alsace au littoral, plus précisément de la voie rapide et la voie de la SNCF jusqu’au vieux port d’un côté et l’extrémité du Boulevard de Lorraine de l’autre, soit 5 kms de longueur et 300 m de profondeur. Les 2 rues parallèles au littoral : la Croisette et la rue d’Antibes qui le découpent sont les plus célèbres de Cannes, là se trouvent tous les espaces de luxe, les 5 Palaces ( Majestic, Martinez, Noga-Hilton, Carlton, Gray Albion), son casino municipal sur le côté du Palais des Festivals. Il est intéressant de noter que les grands hôtels où logeait le gotha aristocratique du début du siècle sont investis quelques jours par an par les vedettes de cinéma et les dirigeants de maisons de production :

A l’intérieur même de « La banane », on peut aussi distinguer la « zone du festival officielle » qui comprend le Palais des Festivals et du Riviera, le village international-Riviera, le village international-Pantiero et le cinéma de la Plage. Elle est particulièrement médiatisée le temps du festival puisqu’elle concerne les lieux des films en compétition, des interviews de stars, des réceptions. Le territoire de Cannes pour les téléspectateurs, est réduit à cet espace investi par les badauds et le public virtuel des télévisions.

Quant au territoire des festivaliers ou accrédités [8], il correspond à la « banane » car ils sortent de la « zone festival » officielle dans leurs trajets récurrents pour aller aux projections des sections parallèles du théâtre Miramar et du Noga-Hilton près de la Croisette. Professionnels ou cinéphiles se posent entre 2 séances dans les cafés du Boulevard de la Croisette et notamment ceux situés entre le Casino et l’esplanade Georges Pompidou, aux snacks, aux terrasses des bars, aux restaurants des rues perpendiculaires à la Croisette et à la rue d’Antibes, dans les espaces du village international-Riviera pour prendre collations et discuter des films vus et de l’organisation de ceux à voir.

Ces territoires festifs ont un centre -le Palais des Festivals – non pas géographique mais symbolique qu’aucune journée d’aucun festivalier ne peut éviter, car « …il est au cœur des routines du spectateur, il cristallise tous les enjeux liés à l’accès et à la fréquentation … [9]».

 La ville des stars et ses rites

Pendant le festival, de nouveaux rapports sociaux entre les personnes surgissent, en particulier entre les stars et leur public : badauds et professionnels invités. Les vedettes de cinéma essentiellement visibles lors de la montée des marches, se laissent photographier, acclamer par la foule qui se presse derrière les barrières du Palais des Festivals. Dans ce lieu saturé de sens où l’être et l’apparaitre se confondent, être reconnus Star[10] pour les acteurs ou actrices présents à Cannes est naturel car tout est amplifié dans cette ambiance de « Fête du cinéma [11]»

Oui, c’est la fête avec ses rites c’est à dire les files d’attente, le franchissement des portes des salles, les trajets répétés, la montée des marches du Palais du Festival aux projections officielles.

Si l’on peut parler de « ville des stars » pendant ces quelques jours, c’est parce que la manifestation cannoise voit sa médiatisation sans cesse encouragée à cause du développement des moyens de communication. Pendant ces quelques jours, Cannes après Paris est la ville la plus célèbre de France, elle peut être vue de tous les points du globe. On parle du Festival de Cannes comme du deuxième événement médiatique mondial après les Jeux Olympiques !![12]

Des chiffres illustrent l’importance de l’événement : en 2007, la couverture médiatique fut assurée par 3502 journalistes, 613 techniciens dont 1 534 TV, 304 photographes, 293 radios, 1 399 presse écrite couvrant essentiellement les grands moments de cette manifestation mythique : arrivée des stars, montée des marches, cérémonies d’ouverture et de clôture du Festival dans le grand auditorium Lumière avec la remise de la Palme et des prix. Le lieu est pendant 13 jours la vitrine de la France pour les télévisions du monde entier : les palaces, les fastueuses soirées, les cérémonies ritualisées, le site, la foule des professionnels du cinéma donnent au monde une image emblématique d’un pays riche, moderne.

Ainsi la ville de Cannes est bien cette ville en partie éphémère car reconstituée sur une zone idéalisée mais dans le même temps dé-territorialisé car représentant la France à travers les médias.

La ville complice

La ville, ici entendue au sens de ses responsables et des ses employés assure un certain nombre de prestations qui renforcent la mise en valeur et la différenciation de l’espace urbain festivalier.

Plus de 100 caméras assurent la surveillance de l’ensemble du territoire communal avec un dispositif renforcé sur les abords du Palais des Festivals et des Congrès et la Croisette. 500 fonctionnaires CRS, viennent en renfort pour le Festival assurer une mission « sécurisation » aux entrées du Palais 24 h / 24, au Noga-Hilton, , sur le Pantiéro, sur le boulevard avec « Tous les cinémas du monde ».

Un plan spécial de circulation est conçu pour fluidifier la circulation dans la « banane », particulièrement aux abords du Palais ou aux accès des parkings. Il nécessite d’importants contournements du centre-ville, la mise en place de sens interdits. Toute la partie sud de la Croisette est neutralisée, réservée aux véhicules utilitaires et aux limousines officielles du Festival. Plus aucun stationnement n’est possible sur le Boulevard de la Croisette à partir de 17 heures, toutes les rues perpendiculaires sont fermées à la circulation car la première projection au palais des Festival est à 19 heures.

La zone festival devient un décor : 35 000 plantes à massif produites par le service municipal des espaces verts pour les abords du palais des Festivals, des parties publiques : terrasses, couloirs, halls, verrières, l’espace Ville de Cannes, le salon des ambassadeurs, le village Forum, 120 bureaux de l’organisation. Enfin, les services de voirie sont mis à contribution. Pour que la ville reste propre, comme immatérielle malgré les occupations d’espace incessantes et denses, les services de la voirie embauchent des centaines d’agents temporaires, ils veillent à la permanence du cadre du festival.

III – Cannes devenue deuxième ville de congrès de France

Depuis 1982[13], la ville a certes permis au Festival d’atteindre une importance mondiale non contestée mais elle s’est mis dans une situation financière délicate. C’est pourquoi malgré les retombées économiques du Festival de Cannes, elle s’est fixée comme objectif de développer le tourisme d’affaires et de congrès afin de rentabiliser l’édifice du Palais des Festivals. Cet objectif économique s’appuie sur une version marketing du tourisme traditionnel, principale ressource cannoise depuis plus d’un siècle. Or, d’après les responsables du Palais où se déroulent les congrès, le but est atteint, Cannes est devenue la deuxième ville de congrès de France

Les retombées économiques du Festival de Cannes

Qu’elles soient directes, indirectes, à court, moyen, long terme, les retombées économiques d’un festival qui attire non seulement les festivaliers, mais différentes catégories de spectateurs et toute une foule de badauds-vacanciers représentent des sommes considérables.

A Cannes, le budget du Festival représente aujourd’hui environ 20 millions d’euros dont la moitié provient d’un croisement classique des fonds publics en matière culturelle de l’Etat et des collectivités locales[14], ce financement est complété par les apports de groupements professionnels ou institutionnels et par des sociétés privées. Mais la ville de Cannes en mettant à disposition le Palais du Festival pendant les 16 jours de son déroulement, plus quelques prestations et une subvention de fonctionnement de 2 198 000 euros, assure un rôle vital pour le Festival dans sa dimension actuelle.

En contrepartie, les retombées pour la municipalité comme pour l’ensemble des secteurs d’activité cannois sont extrêmement importantes et constituent une très grande partie de leurs bénéfices annuels. Les festivaliers dont la majorité est composée par des étrangers forment une société cosmopolite ayant un fort pouvoir d’achat. Tous les employés des hôtels, les employés des jeux, les ouvreuses, les dactylos, les chauffeurs de taxi, des centaines et des centaines de Cannois bénéficient de ce salaire supplémentaire. Le Festival devient une manne touristique . Ainsi les commerçants font 15 % de leur chiffre d’affaires en 12 jours[15]. Les magasins restent ouverts une partie de la nuit, ils doublent leur personnel. Les hôtels sont pleins, les restaurants aussi, les locations créées très chères, les bateaux du port sont loués, l’ensemble apportent des taxes très importantes à la ville. Les chiffres communiqués sont de 84 millions d’euros de retombées économiques sur le bassin cannois. 2 000 emplois créés (directs ou indirects), 250 millions d’euros de chiffres d’affaires. 20 % des recettes du tourisme d’affaires et de loisirs de la ville, le quart du bénéfice net des palaces cannois ![16].

Cannes, deuxième ville de congrès française

Si le festival demeure la plus ancienne et la plus fréquentée des manifestations à l’intérieur du Palais, Cannes accueillent maintenant 55 manifestations professionnelle dont une douzaine de dimension internationale, par exemple le célèbre MIPIM –immobilier avec 25 000 participants et le MIPTV –télévision 14 000 . Grâce à son aménagement ultra-moderne, à ses énormes capacités d’accueil le Palais des Festivals et des Congrès, est considéré comme la véritable locomotive économique de la Côte d’Azur avec plus de 300 jours d’exploitation. Il dispose de 35 000 m² de surface d’exposition et 26 salles de réunions de 20 à 2300 places ses extensions comme la Rotonde Lérins est utilisée pour les réceptions, les conférences ou les expositions.

Le directeur de ce bâtiment, le président de la SEMEC –société d’économie mixte pour les évènements cannois est l’adjoint de la ville en charge du tourisme et du développement économique. Depuis 2002, il a mis en place un plan d’actions marketing et commerciale pour attirer de nouvelles manifestations et engager une démarche de responsabilisation de tous les acteurs économiques. Une équipe de 30 commerciaux parcourent le monde pour vendre les capacités de ce Palais et les nouveaux salons sont nombreux.

Le tourisme d’affaires et de congrès avec plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaire représente 45 % de l’activité hôtelière-séminaires, congrès sur l’ensemble du parc hôtelier cannois par rapport à 32 % en 2005. Il est évalué à 512 032 personnes dont 282 000 en provenance du Palais.

L’activité intense de congrès et de salons du Palais des Festivals et Congrès induit un impact social direct, indirect et induit, total de 15 523 emplois. Ce qui représente plus de 60% de la population active cannoise de 25 000 personnes. De même, pour prendre la mesure de l’impact économique total du Palais de 780 559 580 euros, direct, indirect, induit , il faut le rapporter au budget de 400 millions d’euros de la ville…

En marge mais significatif, grâce aux congrès, les magasins d’habits de luxe sont ouverts toute l’année, le responsable du magasin Jean-Paul Gaultier nous a affirmé que la Croisette cannoise tenait le deuxième rang français de commerce de luxe après l’avenue Montaigne de Paris.

V – De la ville du Festival à la ville du cinéma

« ..le festival, c’est pour les riches, pour les étrangers, nous, il faut nous déplacer à la mairie pour avoir des places, …les salles de Cannes sont négligées, la municipalité ne fait que pour le festival, etc… » Dans les questionnaires distribués, la frustration des cannois procurée par l’accès limité du festival était encore perceptible malgré les efforts de la municipalité et des organisateurs du festival à l’occasion des 60 ans, en 2007. Or pour que l’identité de la ville s’affirme à partir du cinéma de façon permanente à travers une politique culturelle spécifique, les cannois doivent pouvoir atténuer leur ressentiment vis à vis du festival de telle sorte qu’ils ne se sentent pas paradoxalement étrangers à ce qui s’y passe ou réduits à l’état de badauds. D’autre part, l’intérêt pour le cinéma par les décideurs doit apparaître à travers des équipements locaux modernes favorisant les projections, la fréquentation.

Quant aux non-cannois, pour qu’ils perçoivent Cannes comme une ville du cinéma , versant culturel de son identité nationale, européenne, internationale, de lourds projets culturels devraient se mettre en place après l’action mi-urbanistique mi-artistique des murs peints entreprise depuis 2004,.

L’offre cinématographie de Cannes pour les cannois

Une politique de communication et des actions culturelles tout au long de l’année pour les « 60 ans » en 2007.

Dans la lignée managériale de la mairie indiquée plus haut, un accompagnement commercial de l’anniversaire du festival a été décliné avec de multiples objets provoquant une communication tous azimuts de la marque « 60 ans de cinéma »; un logo spécifique accompagna tous les actes de communication ou de relation extérieure de la commune, papier à en-tête, enveloppes spéciales, affiches dans les rues, sur les panneaux, chez les commerçants.

Le Palais des Festivals revêtit exceptionnellement toute l’année ses célèbres marches du tapis rouge et habille sa « casquette » d’une affiche géante sur le thème des 60 ans afin de satisfaire les touristes voulant se faire photographier devant.

La ville de Cannes invita tout au long de l’année pour tous les cannois, dans tous les quartiers à parcourir 60 ans de cinéma au travers des projections, expositions, concerts…Chaque mois, cinq grands films primés à Cannes depuis 1947 furent projetés gratuitement dans toutes les salles de la ville (voir carte) Miramar, La licorne, Studio 13, Le Raimu, Alexandre III. De plus une fois par mois à partir de février, le Palais ouvrit ses portes pour une projection dans la salle mythique du Grand Auditorium Lumière en présence de personnalités du 7°art, plus des expositions, un hommage à la musique de films, un feu d’artifice thématique sur la Croisette, des portraits géants de stars.

 Un festival décalé pour les Cannois

Depuis plusieurs années, grâce à l’action de la ville et la mobilisation de l’important acteur culturel local – l’association Cannes-Cinéma, l’opération « Cannes Cinéphiles » est organisée durant le Festival[17]. Il s’agit en quelque sorte d’un autre festival, celui des Cannois, pas vraiment festival «off» au sens de celui d’Avignon qui proposa des œuvres totalement différentes du festival «in», mais d’un festival «  en décalage» c’est à dire composé des mêmes œuvres mais projetées quelques jours après gratuitement dans le réseau de salles Cannes Cinéphiles à savoir La Licorne, Le studio 13. Pour les juniors, Cannes Cinéphiles organisa une véritable action d’éducation cinéphile avec « Ecran Juniors » constituée d’une sélection de 8 à 10 longs métrages internationaux dont les thématiques intéressent particulièrement les jeunes de 10 à 15 ans. Certains composent une classe cinéma pour déterminer une œuvre à étudier en classe…

Sur attestation de leur résidence, les habitants de Cannes pouvaient aussi venir fouler les marches recouvertes du tapis rouge pendant deux jours après la clôture et voir le film de la palme d’or.

Une politique culturelle intégrant une animation cinématographique toute l’année

La part du cinéma dans le budget culturel communal représente avec la subvention donnée au festival plus des 2/3 des sommes dépensées pour les autres postes culturels mais sans le chiffrage de la mise à disposition de l’édifice du Palais. Si l’on enlève la participation essentielle à cet événement exceptionnel, l’association Cannes-Cinéma reçoit 528 000 euros soit plus du 1/7 ème du budget culturel total de 3 886 000 euros (hors festival) . Cet argent lui permet d’organiser les Rencontres Cinématographiques de décembre ouvertes à tous avec des ateliers d’initiation des métiers du cinéma pour les collèges et les lycées. La programmation présentée par des professionnels, des critiques, des équipes de tournage connaît un vif succès de fréquentation, plus de 400 personnes, dans les salles de Cannes Cinéma. Des associations de spectateurs cinéphiles animent également un film-club.

Un BTS audiovisuel a été mis en place et permet facilement à des jeunes de trouver un emploi dans le domaine cinéma-audiovisuel.

Il existe aussi une dynamique pour faciliter dans les environs cannois le tournage de longs métrages avec en moyenne un film par an auxquels viennent s’ajouter courts métrages et prises de vue régulières pour différents médias TV et magazines.

Cette animation cinématographique portée par des Cannois semble vivante mais les chiffres de fréquentation connaissent sans doute les limites des villes de personnes âgées (35 % plus de 60 ans) le fait qu’elle ne dispose pas d’un public étudiant et que son activité repose sur le dynamisme de quelques personnes.

Cannes, une ville de cinéma , élément d’une identité nationale, européenne, internationale

Nous devons évoquer un autre élément sensible pour l’image de la ville. Certes elle est devenue, deuxième ville de congrès en France, elle héberge un festival international de notoriété mondiale, mais elle n’a pas acquis pour autant une stature de ville internationale ni sur le plan économique ni sur le plan culturel. Dans les interviews ou dans les documents municipaux sont citées comme villes concurrentes, sur le plan économique, la grande ville de congrès :Barcelone[18]qui rentre dans la typologie des villes internationales,   sur le plan cinématographique, Hollywood, ville mythique de stars, de studio de cinéma depuis un siècle. Avec quels éléments, les décideurs cannois espèrent-ils créer à leur tour une catégorie de ville du cinéma ?

Déjà, sont inscrits dans l’espace et les bâtiments cannois – avec les murs peints – les signes d’une ville honorant le cinéma. La première tranche du projet des murs peints sur le 7° art a connu un grand succès auprès des Cannois et des touristes, une nouvelle série est en préparation. Répartis sur le territoire cannois (voir carte jointe) ces fresques de la taille d’un mur d’immeuble, mettent en scène les grandes figures du cinéma français et mondial (ex : Charlie Chaplin, Marilyn Monroe, Gérard Philippe, Alfred Hitchcock..) ou une thématique comme le train, décor de huit-clos et d’évasion dans de multiples films. A découvrir au détour d’une rue ou d’une avenue, en plein centre d’une place, sur la façade de la gare centrale SNCF, ces fresques s’inscrivent dans une procédure d’amélioration de la qualité de vie des Cannois et d’embellissement des quartiers. Ce projet urbanistique, artistique porte un message non seulement attractif pour les touristes mais significatif d’une utilisation identitaire de l’élément cinéma.

De plus, un important projet de la mairie, celui du musée de cinéma avec un centre d’art «  Guggenheim » ou « Beaubourg » du cinéma, est actuellement en discussion. Il devrait favoriser auprès des cannois et des populations extérieures la perception de Cannes comme une ville du cinéma. La présence de cet équipement culturel dynamiserait le quartier du Suquet où seule est localisée une salle de projection (voir carte).

Enfin un autre dossier associerait exceptionnellement Cannes et les villes environnantes, celui d’une technopôle de l’image avec un pôle multimédia dont un multiplexe de salles de cinéma et des commerces thématiques autour de l’image et des loisirs. La municipalité projette de l’aménager sur le quartier de la Bocca, avec un modèle en ligne de mire, celui de l’université de Los Angelès, devenue la référence avec son « entertainment studies and performing arts », étroitement associé à la dynamique d’Hollywood….

Conclusion

Une délocalisation du festival dans une autre ville française n’est pas envisageable et la nouvelle appellation depuis 2002 du FIF – Festival International du Film- en – Festival de Cannes répond à la nature indéfectible, semble-t-il des liens entre la ville de Cannes et le plus ancien festival de cinéma français. L’entraînement d’ un événement festif sur la dynamique économique et culturelle d’une ville s’explique par les intérêts bien compris des deux parties, rappellons qu’ici la ville s’est sur-endettée pour permettre la construction d’un bâtiment adapté aux besoins de développement du Festival devenu un des premiers mondiaux, ensuite pour le rentabiliser elle a promu une politique marketing de grande ampleur qui lui a permis de devenir la deuxième ville de congrès française. Ainsi dans leur développement spécifique, chaque entité a eu un rôle certain. .

Pour preuve encore, en 2007 la présentation par les deux partenaires, côte à côte, d’une demande d’aide de l’Etat afin que le palais du Festival et des Congrès, vitrine du festival, siège des congrès, soit agrandi de 15 000 m2.

Pour les responsables économiques locaux, cette expansion est indispensable pour pouvoir conserver les très grands congrès internationaux qui se sentent à l’étroit dans les dimensions actuelles de l’édifice et pourraient être tentés par les plus grands équipements de Barcelone considérée comme une menace potentielle. Pour les organisateurs du festival de Cannes il s’agirait d’éviter que les festivals de Berlin ou Venise gagnent en attractivité suite aux importants travaux qu’eux-mêmes entreprennent, ils éloigneraient aussi ces « nuages » sur l’actuel succès du festival.

Ainsi Cannes resterait la ville d’un festival considéré comme un des plus grands mondiaux. Si les efforts continuent pour offrir aux cannois une offre cinématographique de qualité dans des salles modernes et si les projets culturels lourds de musée du cinéma et de technopôle de l’image voient le jour avec la continuation du programme urbanistique des murs peints, Cannes pourrait atteindre son projet de « ville du cinéma ». Identité non reconnue à une autre ville européenne. Venise, Berlin, Dauville sont des villes de festival. En tout cas, si Cannes réussi il sera intéressant de voir comment ce très grand festival serait devenu un élément d’une identité l’englobant. Et dans le domaine artistique, sa notoriété pourrait devenir non seulement nationale, mais européenne et internationale.

Bibliographie

-Annales de la géographie, Le renouveau des fêtes et des Festivals, 114° année, n°643, mai-juin 2005, éd Armand Colin

-BIDEAU A.(dir.), Villes européennes et internationalisation, ORA

-BRESSON Jean, 1981, Ces demeures qui ont fait Cannes : la fabuleuse histoire de Cannes, édition du Rocher

-Cahiers du cinéma, numéro spécial, mai 1987

-Cahiers du cinéma, Histoires de Cannes, numéro spécial, avril 1997

-CERTU, 2006, Nouvelles fêtes urbaines et nouvelles convivialités en Europe

-CNC info, numéro annuel en mai

-DI MEO, 2002, La géographie en fêtes, éd ophrys, collection géophrys

-ETHIS Emmanuel, 2001,Aux marches du Palais, le Festival de Cannes sous le regard des sciences sociales, La documentation française

-ETHIS Emmanuel, 2002, Avignon, le public réinventé. Le festival sous le regard des sciences sociales, éd la documentation française

-FAURE Alain, NEGRIER Emmanuel,2001 La politique culturelle des agglomérations, éd la documentation française, collection Datar

-Festival de Cannes, 2007 : 60° édition (du 16 au 27 mai), Palais des Festivals et des Congrès, dossier : historique et données économiques

-GUIGOU Joseph, Tournaire Honoré, 1989, Histoire de cannes et de son canton, éd de la Tour Gile

-LATIL Loredana, La création de l’exposition Cinématographique Cannoise en 1939, Cahiers de la Méditerranée, volume 62, 27 octobre 2004

-LATIL Loredana, 2005, Le Festival de Cannes sur la scène internationale, éd nouveau monde

-Pour une politique régionale en faveur des Festivals, Rapport de l’ assemblée plénière du Conseil Economique et Social, 18 juin 1997,

-revue Protée, Cannes hors projections, volume 31,n°2, automne 2003

-SAEZ J-P (dir.), 1995, Identités, cultures et territoires, éd Desclée de Brouwer

-Télérama, Cannes : 50 ans de Festival, Hors série 76, 1997

Sites internet :

-site officiel de la ville de Cannes, http://www.cannes-on-line.com/

-site officiel du Festival de Cannes, http://www.festival-cannes.fr

-site de l’INSEE, http://www.insee.fr

-site des 60 ans du festival : http://www.60ans-cinema-cannes.fr

 

[1] Rapport de l’assemblée plénière du Conseil Economique et Social., juin 1997

[2] Site de l’Insee,

[3] ibidem

[4] Responsables de la police, des services de voirie, des espaces verts, du service culturel, du service communication du Palais du Congrès, des responsables d’association et de salles de cinéma, de simples citoyens, des commerçants

[5]Palais de la Croisette, Palais du Festival et du Congrès

[6] En effet, le ministre des affaires étrangères avaient déjà lancé les invitations…(http://www.cannes-on-line.com)

[7] Guy di Meo, 2001, la géographie en fêtes, éd geophrys

[8] Les accrédités disposent d’une entrée permanente dans une quantité de lieux de projection variable selon leur statut professionnel, journaliste, exploitant etc…

[9] Extrait « Aux marches du palais »,voir bibliographie

[10] nom dont l’origine américaine remonte au temps du cinéma muet quand l’élément –lumière- magnifiait et dramatisait les visages, les silhouettes, les scènes…

[11] dixit Thierry Fremaux, le directeur artistique du Festival

[12] Assura le commissaire de police de la ville de Cannes lors de l’interview accordé

[13] Dans la dernière décennie, d’autres extensions du palais se poursuivirent avec l’ouverture de l’Espace Riviera, en 1999, le Village international sur les plages de la Croisette, en bordure du Palais et ,en 2006, la création de la Rotonde Lérins.

[14] Ministère de la Culture et de la Communication, ville de Cannes, Conseil régional Provence-Côte d’Azur (550 000 euros) et Conseil général des Alpes Maritimes (200 000 euros)

[15] Comme l’ont écrit des commerçants dans le questionnaire

[16] Dossier du service communication du Palais des Festivals et des Congrès

[17] 4 000 accréditations sont offertes chaque année et 1000 autres accréditations par les organisateurs du Festival é

[18] Alain Bideau, Villes européennes et internationalisation, ORA, « …« … métropole économique de grande région, porte d’entrée de capitaux et de produits étrangers pour le pays.. ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Raoul COUTARD

Chronique Radio Pluriel du 24 novembre 2016

Raoul Coutard décédé début novembre 2016, à l’âge de 92 ans  a fait vibrer les spectateurs par la puissance de ses images de films très célèbres sans que nous le sachions ou nous en souvenions.

C’est pourquoi il parait important de rappeler qui il fut :

« Gueule carrée, taille de colosse, il tranchait par rapport aux physiques des membres de la Nouvelle Vague..Et pourtant il fut leur chef op’ le plus emblématique. Sans Coutard, le noir et blanc de Godard et de Truffaut n’aurait pas eu la force qu’on connait. Un Noir et Blanc granuleux, un peu charbonneux et blême, anti-artificiel au possible…Il cherchait la vérité de la lumière naturelle, sans chichis, il travaillait vite, bien, caméra à l’épaule s’il le fallait. Il s’adaptait aux situations difficiles, chef op’ tout terrain… »

Pour entendre notre chronique à son sujet cliquer dans :

 

 

 

Catherine Deneuve, prix lumière 2016

mes notes pendant la conférence de presse donnée le 15 octobre 2016 à l’Institut Lumière.

Habillée  haute couture, bijoux magnifiques, très maquillée, C.D apparut pourtant simple ou plutôt naturelle, très à l’écoute, manifestement désireuse de découvrir dans les paroles de l’autre de l’intérêt. Réservée sur sa vie, on ne l’imagine pas mentir ou salir qui que ce soit, elle esquisse les reproches, les conflits vécus et semble regarder devant, l’avenir, les propositions. Elle est presque plus expressive qu’au cinéma, absence de projecteurs ou de cadrage trop serré ? Ses mains ne balaient pas la table, elle réfléchit vite et est précise dans ses réponses : « Oui, elle connait un peu le monde des agriculteurs, elle est sensible à leur sort difficile, à leur vie dure qu’ils supportent souvent solitaires. Elle a un ami avec lequel elle correspond depuis longtemps qui lui parle de la terre dont nous dépendons tous ».

D’ailleurs, elle leur a dédié son prix Lumière et Depardon l’a remercié de ce geste.

Elle n’a pas l’impression, malgré ses rôles très différents, d’avoir subi des métamorphoses comme Bob Dylan, elle a fait du cinéma très jeune, 17 ans, a joué avec de grands cinéastes dès le début et la vie seule l’a fait évoluer.

Se penchant peu sur son passé, elle ne se veut pas « intouchable, elle essaie d’être lucide, critique envers elle-même. Elle s’est pourtant avec joie et naturel prêté à la soirée d’Hommage du Prix Lumière du 14 octobre , salle du congrès à Lyon, portée par l’ambiance chaleureuse d’un immense public qui exprimait son amour du cinéma et par seulement de la vedette, primée ce soir là.

Elle exprima son immense admiration pour Polanski, extrêmement brillant, à la très forte personnalité . Son attachement à Chantal Akerman, femme sensible, récemment disparue dont elle aimait les films. Depardieu avec lequel elle a beaucoup tourné est en adéquation avec l’âme slave et se trouve bien là-bas où il achètera une maison bientôt. L’alchimie inexplicable a lieu entre eux deux dès qu’ils sont en présence sur un plateau, mais elle n’a pas l’occasion de le voir en dehors.

Elle cita « Drôle d’endroit pour une rencontre », « Tristana » comme films aimés particulièrement.

Les journalistes présents, presse écrite, visuelle, français, espagnols, canadiens semblaient à la fois respectueux et impressionnés.